Que se passe-t-il entre la Colombie et le Venezuela ?

Angélica Montes


Les médias des deux pays ne cessent de dresser un panorama de tensions fortes qui seraient loin de se résoudre et qui pourraient entraîner une guerre entre ces deux pays, dans laquelle seraient rapidement engagés d'autres états latino-américains...

La tension actuelle entre les deux gouvernements s'est aggravée lors du retrait officiel de Chavez du processus de négociation pour la libération des otages politiques des FARC en janvier de cette année. A cette occasion le président Uribe a retiré tout pouvoir de médiation au président venezuelien, sans que les raisons de cette décision ou de celle du gouvernement Chavez de geler les relations diplomatiques avec la Colombie soient suffisamment claires pour l'opinion publique.

Que reproche Chavez à Uribe? Ses liens étroits avec le gouvernement des Etats-Unis, son refus de lui reconnaître une indépendance idéologique par rapport à ceux que l'élu vénézuélien appelle "yankees impérialistes", sa complicité dans un supposé plan de la CIA qui chercherait à lui mettre la corde au cou... Il lui reproche de l'accuser d'être un narco-gouvernement et un pays qui protège des terroristes. Que reproche Uribe à Chavez? Sa reconnaissance publique du caractère de belligérants des FARC et son désir d'imposer un rythme personnel (à la Chavez) à une guerre avec la guérilla marxiste colombienne, face à laquelle il ne doit pas y avoir d'autre langage que celui de la confrontation en vue de son anéantissement. Il lui reproche de considérer son gouvernement comme un élément de la CIA qui cherche à déstabiliser la région.

Au-delà des menaces réelles ou imaginaires il est certain que le gouvernement colombien a appelé à la prudence, demandant à ses ministres de ne pas réagir face aux déclarations du gouvernement vénézuélien.

Le 24 janvier dernier l'émission de télévision colombienne La Noche a indiqué qu'il existait des suspicions fondées que le voisin vénézuélien était en train de s'armer en vue de répondre à une attaque colombienne orchestrée par les Etats-Unis et précisé que les prétentions du Vénézuéla en intervenant sur le territoire colombien s'étendraient à la récupération du territoire qui correspondait historiquement au Venezuela selon les frontières tracées au XIXème siècle. Ceci est explicite dans un article de la constitution de la République Bolivarienne du Venezuela, selon lequel "Le territoire et les espaces géographiques de la République sont ceux qui correspondent à la capitainerie générale du Venezuela avant la transformation politique entamée le 19 avril 1810, avec les modifications résultant des traités et arbitrages non entachés de nullité".

Selon cette même émission il existe un document officiel de caractère confidentiel dans lequel est définie une stratégie militaire pour envahir la péninsule de Guajira et une partie des Llanos orientaux qui appartiendrait au Venezuela; cette stratégie serait présentée sous une forme ludique comme un jeu de tactique militaire appelé Guacaipuro.

Dans un exercice de politique-fiction, on pourrait soutenir que le gouvernement Chavez espère mettre la Colombie dans une situation difficile: s'il la conduit à une confrontation armée avec le Venezuela, les aides qui proviennent, entre autres, des Etats-Unis dans le cadre du Plan Colombia seraient gelées, car elles n'iraient pas combattre le narcoterrorisme des FARC, mais soutenir un conflit guerrier de caractère international. Face à cette situation des forces militaires de Colombie seraient fragilisées et elles seraient la cible d'une contre-attaque de la guérilla, ce qui compliquerait la situation politique et sociale des dynamiques du conflit intérieur colombien. Quel serait l'intérêt du Vénézuéla? Pourquoi ferait-il cela? En ce moment les réponses à ces deux questions sont données par les médias. 

Comme nous le voyons cette situation, qui pourrait avoir des conséquences géopolitiques dans toute la région, tend à se compliquer sous les regards passifs d'organismes internationaux comme l'OEA, appelés à être les garants de la paix politique de la région

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