ENCORE UNE FOIS

Didi Cazeres


L'" encore une fois " existe pendant la nuit.
Les matins sont la symphonie du présent,
Ainsi que les soirées sont les hier.
Seules les nuits peuvent être pour moi un " encore une fois ".

Ce n'est pas la solitude ou l'incompréhension ce qui me blesse, ce sont les condiments qui peuvent être dimensionnés dans n'importe quel vécu. Ce qui m'insupporte ce sont les répétitions.

Il est, probablement, qu'avec tout mon vécu j'ai compris que rien ne se répète par hasard et que ces choses non désirées qui nous reviennent avec une monotone persistance sont les filles directes de notre responsabilité.

Qu'ai-je fait ou plutôt que n'ai-je pas fait pour que les mêmes situations se répètent ?
Que suis-je en train de faire maintenant, en cet instant précis pendant que j'écris ces mots ?

Avant, quand il n'y avait pas un " encore une fois ", quand mon cœur était un muscle cardiaque au rythme cadencé, le monde m'a offert la joie de ressentir intensément et, dans l'identique proportion, j'ai été submergé par le brisement de cœur de cette immensité d'émotions.

Aujourd'hui, que je vois répétées trop de fois cette description.

Un rythme dissemblable de battements me rappelle que ce muscle cardiaque n'est plus le même, qu'il est hypertrophié, qu'il ne devrait pas battre comme s'il allait sortir par la gorge, que nous sommes déjà âgés, que nous avons plus de cinquante et que les médecins deviennent inquisiteurs et au lieu de nous soigner ils nous rendent malades.

Mais aujourd'hui, encore une fois, mon cœur est un poulain débridé. Peu importe l'hypertrophie, l'arthrite et les autres loufoqueries des médecins.

Aujourd'hui le cœur croit que c'est le printemps, à soixante-dix ans. Il croit qu'il m'attend au coin de la rue et encore une fois l'histoire recommence. Mon cœur se brise en deux parce qu'il n'est pas seul et qu'il ne m'attend pas.

Combien de coins de rues, combien de rencontres manquées, combien de fois le cœur a été un cheval débridé et combien de fois il s'est brisé en deux ?

Encore une fois il se brise et encore une fois il guérira. Peu importe l'état du muscle cardiaque, ce cœur est toujours le même, celui du premier amour que j'ai cru le dernier.

Le même qui a ressenti cet amour si intense comme le premier et que je désire qu'il soit le dernier.

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