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La philosophie de la libération et "Le manifeste de Río Cuarto": Un apport au débat sur le socialisme du 21e siècle |
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Luis Busso |
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Le Document m'a semblé opportun à faire connaître aux lecteurs du magazine Café Latino. C'est important parce que ses signataires sont aussi amplement connus en Europe - parmi eux le philosophe Enrique Dussel - mais également à cause de l'importance qui à un moment donné a connu ce qui a commencé par se nommer " Théologie de la libération ", avec une claire empreinte des secteurs les plus avancés de l'Église Catholique. Aujourd'hui, étant donnée la large coïncidence d'objectifs avec d'autres courants de pensée, cette dénomination d'origine confessionnelle en a assumé une autre plus ample qui est celle de " Philosophie de la libération ", avec l'intention d'accueillir dans son sein tous ceux qui adhèrent à la position et à l'option éthique et politique que fixe cet important document. Ill est important d'ajouter que, depuis 2003 jusqu 'à aujourd'hui, de profondes transformations se sont produites dans certains pays d'Amérique latine - particulièrement au Venezuela, en Bolivie, en Équateur-; des changements qui s'orienteraient selon des affirmations exprimées par les actuels gouvernants des pays en question, vers la construction d'une société socialiste avec les caractéristiques qui doivent tenir compte des spécificités historiques propres à chaque pays, et ceci par rapport à la nouvelle réalité que traverse l'Amérique latine ainsi que d'autres pays du monde. Certes, depuis une perspective philosophique, ce qu'on cherche c'est de trouver des coïncidences et des objectifs généraux qu'ils embrassent à toutes les différentes courantes de pensée. Des objectifs qui aujourd'hui sont considérés comme nécessaires en Amérique latine pour avancer vers un socialisme du 21e siècle. Des buts qui coïncident avec la matrice marxiste du socialisme cubain, qui adoptent les visions chrétiennes de la pensée bolivarienne au Venezuela et en Équateur, et qui embrassent les apports conceptuels qui proviennent des habitants originaires de notre Amérique. Depuis cette perspective, j'entends que la position fixée par le Manifeste de Río Cuarto peut se considérer comme un apport important dans cette recherche de coïncidences. Quelle que soit l'expérience dont nous provenons, tout à quoi nous aspirons est à une société socialiste et nous nous opposons à la "globalisation néolibérale qui a subordonné l'économie à la spéculation financière". "Nous condamnons également toute espèce d'exclusion"; "nous affermissons notre vocation par la paix et l'intégration latino-américaine et mondiale". Et, en résumé, nous nous trouvons dans l'idée "qu'un autre monde est possible".
Si la Philosophie de la libération "a un apport spécifique à donner à ces défis historiques", tel que s'exprime après avoir fini le Manifeste, son apport conceptuel doit consister, à ma connaissance, à doter aussi ce Mouvement anti-globalisateur, de principes, de valeurs, et d'autres outils théoriques, qui lui permettraient de construire une idéologie et une propre identité, et de les faire confluer avec des buts communs de transformation politique, économique et sociale, avec vue sur une future société socialiste. Je suis personnellement persuadé , que ce qui peut fondamentalement unir tous ceux qui s'opposent au modèle néolibéral en vigueur, et aspirent au socialisme, est d'un point de vue subjectif une conception de la personne humaine, non seulement antithétique, mais irréconciliable avec celle qui soutient le néolibéralisme. Etant donnée l'impossibilité de développer ici ce sujet, j'espère partager mes opinions avec les lecteurs des prochaines éditions de "Café Latino". |
MANIFESTE DE RÍO CUARTO
Trente ans après le Manifeste de la Philosophie de la libération (1973), nous, les signataires de ce document, nous nous sommes réunis dans la ville de Río Cuarto, en Argentine. Mus par l'esprit initial de ce mouvement, nous sentons la nécessité d'exprimer notre position par rapport à l'actuelle situation de l'Argentine, de l'Amérique latine et du monde. Pour des raisons de dignité humaine, nous réfutons l'actuel processus de globalisation néolibérale, qui a subordonné l'économie réelle et le travail à la spéculation financière. Elle augmente notre dépendance par rapport aux pouvoirs transnationaux et impériaux. …Nous dénonçons le chômage structurel et l'approfondissement, chaque fois plus, de la brèche entre les riches et la masse croissante de pauvres. Nous condamnons toutes les espèces d'exclusion : sociale, de sexe, culturelle, religieuse, raciale, politique, économique, éducationnelle, etc., ainsi que toutes les formes d'interventionnisme, de blocage et d'intégrations irrépressibles, qui nient la détermination libre des peuples. Devant les processus d'uniformité culturelle, provoqués par les médias de masses soumis au contrôle d'intérêts de marché, nous consolidons les droits des peuples de construire leurs propres formes identitaires. Un autre monde est possible par la résistance créatrice, qui s'exprime dans la multiplicité des manifestations et mouvements, les plus divers, en Amérique latine et dans toute la terre. Nous affirmons catégoriquement notre vocation par la paix, et l'intégration latino-américaine et mondiale. Celles-ci seront uniquement possibles si se respectent la justice et les droits des personnes et des peuples. Nous assumons, comme philosophes, l'option éthique et politique que ces déclarations impliquent, et déclarons que la Philosophie de la libération a un apport spécifique à donner à ces défis historiques Signé à l'occasion de la convocation effectuée par l'Échange culturel allemand latino-américain (ICALA) de Río Cuarto, Argentine, aux 7ème jours de novembre 2003. Dorando J. Michelini (Río Cuarto), Juan C. Scannone (Buenos Aires), Arturo A. Roig (Mendoza), Enrique Dussel (Mexique), Aníbal Fornari (Santa Fe), Antonio Kinen (Santiago del Estero), Raúl Fornet Betancourt (Allemagne) Carlos Pérez Zavala (Río Cuarto), Alberto Parisí (Córdoba); Osvaldo Ardiles (Córdoba), Carlos Cullen (Buenos Aires), Horacio Cerutti Guldberg (Mexique) Gustavo Ortiz, (Río Cuarto), Julio De Zan (Santa Fe), Mario Casalla (Buenos Aires), Ricardo Maliandi (Mar del Plata)... Suivent des centaines de signatures de participants, parmi lesquelles, la mienne. |