La plus triste nuit

Damián Boga


Il ne l'arrêtera pas l'après-midi, ne l'arrêtera pas la nuit. Il ne se retardera pas dans l'obscurité qui peuple les escaliers, il ne trouvera aucun obstacle chez la femme qui protège sa porte. Déjà l'heure a été convenue, seulement l'attente reste. L'attente solitaire. L'habilitation vide dans laquelle un homme attend. Il attend silencieusement.

La certitude dans le fait de procéder de ses actes lui n'isole pas de la crainte à manquer à son mot, l'incertitude à tomber au piège d'une fuite possible l'inquiète, il n'y a pas une fuite. Il n'y a pas de passage plus étroit que celui-là de son âme, ni de solitude plus obscure que dans celle qu'il habite. Sa détermination est ferme et n'existe pas aucune forme de l'altérer.

La loyauté est son refuge unique dans l'attente de l'heure funeste, la chaleur la plus proche maintenant qui est envahi par le froid. Si c'était seulement possible l'oubli serait plus tranquille. Tout serait plus simple. Mais les chiffres et les noms restent implacables dans son esprit. Déjà d'avance, il a fait l'essaie de les effacer des manières les plus extrêmes, mais seulement il a réussi à s'étourdir, à momentanément s'évader de son devoir, ne pas les enlever de sa mémoire. Il a une option, mais il n'est pas encore préparé pour la prendre. En tout cas qu'ils prennent la décision, à lui cela n'importe plus.

C'est inutile de se souvenir la série d'événements qui lui a conduit à cette pauvre situation, où il attend, attend silencieusement. C'est inutile de remémorer le rêve violent qui l'a arraché de cet autre sommeil reposé, dans lequel s'écoulait doucement son vivre, sans des altercations et avec des horaires établis.

Il n'existe pas dans le monde une force qui, aujourd'hui, peut les arrêter. Cette certitude accompagne les autres, et donne lieu à plusieurs encore a des autres. Tout seul, assis sur une vieille chaise, un homme triste et résigné attend. Il ne servira de rien l'obscure femme pariée à son côté, ni le poignard oxydé sur la table.

Certainement, quand le soleil tombera, quand il entendra le bruit d'ombres en escaladant les degrés de l'escalier obscur, la faible résistance de la femme en face de sa porte, quand il les verra interrompre sauvagement dans son habitation, il saura, entre d'autres choses, que ce sera la plus triste nuit parce qu'il s'est fatigué de vivre dans la misère, il est fatigué d'être délogé de la société, il est fatigué d'être considéré comme une ruine humain.

RETOUR