Femmes à la présidence en Amérique latine

Une avancée pour les femmes ?

Fatma Oussaifi

Le troisième des objectifs du millénaire établis par le PNUD à une échelle internationale concerne l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans le monde. Il est précédé dans l'ordre des priorités du Programme des Nations Unies pour le Développement, par la disparition de l'extrême pauvreté et la faim qui elle, détient la première place et la garantie d'une éducation primaire libre et gratuite.

Chaque année le rapport du PNUD sur l'IDH et plus particulièrement en ce qui concerne les femmes est de plus en plus alarmant. Quoique lors de la dernière conférence internationale sur la condition de la femme qui s'est tenue au siège de l'ONU, à New York en février 2005, le ton de Kofi Annan se faisait optimiste." Au cours de cette décennie, nous avons enregistré des progrès tangibles sur plusieurs fronts ", a-t-il déclaré. Il a notamment salué le fait que davantage de filles bénéficiaient d'un enseignement à l'école primaire, tandis que les femmes étaient plus nombreuses que jamais à gagner un revenu . " De nouveaux défis sont également apparus ", a-t-il néanmoins souligné, évoquant le trafic des femmes et des enfants, ou la progression terrifiante du virus du VIH parmi celles-ci, en particulier les plus jeunes d'entre elles.

Pourtant quand il a énoncé les sept priorités stratégiques visées pour la prochaine décennie, l'augmentation de la proportion féminine dans les parlements locaux et nationaux ne se situait selon son hiérarchie qu'à la sixième place après d'autres questions comme l'éducation, la santé sexuelle et reproductive, le droit à la propriété et à l'héritage ou encore la discrimination professionnelle. 

Ceci nous amène à nous arrêter sur une question centrale qui se présente inévitablement à chaque fois que de grandes instances internationales se réunissent pour parler de questions de femmes, qui est celle de la parité entre hommes et femmes. Ceci fait que dans la majorité des cas, les revendications et les luttes des femmes sur la scène publique (éducationnelles, professionnelles et salariales, politiques…) si bien dans plusieurs cas elles ne se résument pas à des revendications féministes, elles sont pourtant vues comme telles. Ceci est du au fait que ces domaines, appelés de la vie publique, restent encore dans plusieurs parties du monde réservés à un public majoritairement sinon exclusivement masculin. Le domaine qui gagne dans la prédominance masculine est sans aucun doute l'accès à la vie politique et aux hautes sphères de décisions publiques. Cet aspect fera l'objet de notre essai.

L'accès des femmes au domaine politique revient en réalité à la seconde moitié du XXème siècle. En 1954 aucune femme au monde n'avait encore assumé de hautes responsabilités telles que la tête d'un Etat ou d'un gouvernement. Pourtant certains pays avaient depuis longtemps déjà, légiféré sur le droit des femmes de se présenter comme candidates à la fonction politique. C'est notamment le cas des Etats-Unis ou ceci est en vigueur depuis 1788 ou la Norvège depuis 1913. Ceci étant, les françaises n'obtiennent le droit de voter et d'être élues qu'en 1944. 

En 1966 la pionnière Indira Gandhi devient Premier Ministre de l'Inde, devancée par la srilankaise Simiravo Bandaranaike en 1960 et suivie en 1969 par Golda Meir, Premier ministre d'Israël.

En ce qui concerne l'Amérique latine, l'entrée des femmes en politique a été assez précoce par rapport à d'autres continents.

En effet, entre 1945 et 2005, dans le monde 17 pays différents ont été gouvernés par des femmes. Plusieurs parmi eux ont vu se succéder à leurs têtes des présidentes différentes. Parmi eux 6 pays latino-américains ainsi que 6 européen en comptant Malte.

Isabelita Peron a ouvert le bal en Argentine de 1974 à 1976 suivie par la bolivienne Lydia Gueiler Tejada entre 1979 et 1980, vint ensuite à la tête de Haiti Ertha pascal Trouillot, le Nicaragua connut la présidence de Violeta Chamorro entre 1990 et 1997, Janet Jagan a gouverné la Guyane entre 1997 et 1999 et Mireya Elisa Moscoso de Arias fut chef d'Etat du Panama de 1999 jusqu'à 2004. Enfin en 2001 Sila Maria Calderon la représentante du parti populaire démocratique de Puerto Rico s'est convertie en la première présidente élue de ce pays. Seule la Guyana, le Nicaragua, Puerto Rico et le Panama ont eu des présidentes élues par les urnes, les autres étaient des chefs d'Etat intérimaires, qui ont souvent assumé la vice-présidence après la mort de leurs maris.

En ce qui concerne le nombre de siège au parlement, en 2005 le Panama dépasse, avec 27,3% de sièges accordés aux femmes, le Royaume Uni qui lui n'en accorde que 24,4% et de laisse loin derrière l'Italie ou seulement 19,2% de sièges du parlement sont occupés par la gente féminine.

L'Amérique latine en général a enregistré une évolution en matière de pourcentage de femmes au parlement entre 1995 et 2005. Seul le Honduras a enregistré une baisse de -1,56%.

L'actualité présidentielle latino-américaine et féminine a été durant toutes l'année 2006 saisie par la victoire triomphale de Michelle Bachelet aux présidentielles chiliennes de janvier 2006. Celle qui s'est imposée dans l'un des pays les plus conservateurs d'Amérique latine a démontré que la politique n'était pas un domaine exclusivement masculin, quoique elle-même étant assez surprise de son propre succès. En atteste sa déclaration officielle après le résultat des scrutins. " Qui aurait cru que 20, 10 ou même cinq ans en arrière, le Chili aurait choisi pour présidente une femme ".

Une autre figure féminine des hautes sphères du pouvoir est constituée par la première dame argentine Cristina Fernandez de Kirchner, représentante du parti de gauche du péronisme " Alianza Frente para La Victoria " et future candidate à l'instar de son mari Nestor Kirchner aux élections présidentielles de son pays le 28 octobre prochain. Selon plusieurs sources Cristina qui a émergé politiquement bien avant l'ascension de son mari au pouvoir devancerait largement celui-ci en matière d'image personnelle et de cote de popularité. Certains pensent même à une stratégie préméditée du couple au pouvoir qui planifierait une alternance des candidatures pour un plus long séjour a la casa Rosada. 

Un sondage publié dans le quotidien Clarin prédit d'ores et déjà à la première dame argentine une élection dès le premier tour avec 45% des suffrages exprimés. Si celle qu'on appelle la Hillary argentine gagne les élections d'octobre prochain, elle se transformera en la seconde présidente de gauche en Amérique latine après la chilienne Bachelet.

Mais nous sommes en lieu de nous demander si les présidences féminines sont plus enclines à mettre en avant et résoudre des problèmes qui touchent directement les femmes et si l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes dans le monde, troisième des objectifs du millénaire du PNUD, serait plus réalisable avec des femmes au pouvoir.

En Amérique latine, une femme est au pouvoir et une autre est sur les marches de celui-ci. Il y a-t-il pour autant des avancées réelles pour les femmes ? Pour cela nous allons prendre un exemple qui marie l'urgence et la gravité et qui concerne en premier lieu les femmes : la dépénalisation et la légalisation de l'avortement, une question avec encore aujourd'hui très peu d'avancées en Amérique latine, étant la majorité des pays en désaccord avec cette pratique sauf dans des cas très spécifiques de danger de mort par exemple.

Ceci se voit dans le cas de l'Argentine ou il s'agit d'un thème très débattu et polémique et dont la gravité et l'urgence sont considérables, vu le nombre de victimes qu'il engendre chaque année d'IVG sans mesures d'hygiène et de sécurité sanitaire. Néanmoins l'avortement légal n'est pour le moment pas une priorité dans l'agenda politique Kirchneriste. Le plus préoccupant c'est qu'il ne fasse pas non plus partie des projets de gouvernement de Cristina Kirchner. " Cristina a déjà annoncé qu'elle ne ferait rien pour dépénaliser l'avortement, parce qu'il ne s'agit pas d'une question qui lui paraisse prioritaire ".

Le chili de Bachelet, lui, avance doucement sur le chemin de la légalisation de celui-ci et la chef d'Etat chilienne a commencé par mettre en place une distribution égalitaire et gratuite de pilules contraceptives surtout aux adolescentes pour ainsi éviter de passer par l'avortement, encore très contesté par plusieurs secteurs de l'opinion publique et surtout par l'église. Bachelet qui ne va pas encore vers une légalisation de l'avortement thérapeutique et qui s'est même déclarée contraire à cette mesure, ne répond pas à un problème social latent au Chili où on estime que se pratiquent annuellement entre 120 000 et 300 000 IVG illégales, où il y a plus de mort par avortement illégal que de mort naturelles ou accidentelles et où les IVG mal pratiquées sont la première cause de mort maternelle.

Ainsi et partant de cette question précise de l'avortement, qui n'est point un détails dans la vie actuelle des femmes, se vérifie ce que la revue " Socialismo o Barbarie " annonce sur la présidence féminine et en vue de l'éventuelle présidence de Cristina Kirchner : " Il ne faut pas se croire que le fait d'avoir plus de femmes à la présidence représente une avancée pour les femmes en général."

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