L'antagonisme entre l'écologie et le capitalisme

Hugo Busso


Les problèmes pressants et urgents du présent (la destruction de l'atmosphère, la perte de la diversité biologique et culturelle, la pauvreté, l'inégalité distributive) qui au cours des décennies passées étaient obstinément niés par la droite libérale et conservatrice, sont inscrits à l'agenda des problèmes interétatiques et de toute l'humanité. L'actuel gouvernement français a pris l'initiative de prévenir ce qui sera inévitable en termes de crise écologique. Pour cela, il a convoqué divers secteurs sociaux pour débattre et pour proposer des solutions.

Il est à prévoir que les conflits qui viendront (non seulement en France), à cause de l'irrationalité et du fanatisme de la recherche d'accumulation de capital économique, le capitalisme est dans le banc des accusés. Essayer de traiter les problèmes qu'entraînent les tentatives illimitées d'accumulation de pouvoir et de capital implique en premier lieu savoir assumer ses limites et la date d'expiration d'idées décadentes et dangereuses, qui se déguisent en progrès et croissance.

Cette initiative est salutaire et en un certain sens exemplaire. En même temps, elle est alarmante par l'accumulation des paradoxes et des contradictions de ce qu'elle doit résoudre. Bien que presque tous s'accordent sur le fait que le danger a augmenté et qu'il est possible de faire quelque chose de positif à ce sujet, peu semblent se rendre compte de la remise en question profonde de la nature de la civilisation capitaliste et de son fonctionnement actuel. Les victimes du credo insoutenable propre au capitalisme seront en premier lieu, et comme toujours, les victimes historiques de ce système : les exclus et les exploités. Cependant, personne ne pourra échapper, même si les ressources monétaires peuvent sembler soulager des températures insupportables et du manque d'éléments de base pour la vie.

Le fanatisme du terrorisme économique néolibéral - qui punit ceux qui se refusent à collaborer avec le credo de son expansion et d'accumulation illimitée - et le communitarisme d'intégristes religieux - qui réduit le monde à son seul dogme-, sont parties intégrales de l'écologie planétaire. Les idées deviennent des forces et des impacts matériels. Heureusement, la cécité capitaliste et le fanatisme dogmatique et violent, ne sont pas les seules alternatives. Les différences entre les attitudes et les perspectives critiques sont évidentes, de plus, entre le nord et le sud, tant par les buts politiques inhérents à chaque bloc que par la relecture qu'ils font du passé et de l'avenir proche. Alors, tout laisse prévoir, comme l'a remarqué Immanuel Wallerstein, que le XXIe siècle sera plus difficile, inquiétant et ouvert que ce que nous avons connu au XXe siècle.

Le débat des prochaines années recommencera à concerner "le fantôme qui parcourt le monde", qui ne se nommera plus communisme et ne sera plus la seule peur des "classes dangereuses". Il sera beaucoup plus que cela. La responsabilité des partis politiques et des organisations sociales sera d'éclaircir les options historiques que nous avons devant nous, au milieu de l'incertitude, avec une marge d'erreur réduite du fait de l'irréversibilité de leurs conséquences.

La discussion et la lutte pour une société bonne reviennent dans les discussions démocratiques et scientifiques, avec l'impératif de ne pas se soumettre aux dictées technocratiques. Le monde unipolaire post-communiste arrive à sa fin inévitable ; la question demeure: qu'est-ce qui va venir le remplacer? Ce qui est certain est que nous ne sommes pas condamnés à supporter et à soutenir la destruction irrationnelle du capitalisme, dans sa recherche d'une plus grande production, consommation et gains, dans son obsession d'une croissance infinie. L'avenir est ouvert à la créativité humaine et de la nature ; la prise de conscience de l'évolution spirituelle atteinte par les individus et les groupes passera nécessairement par une vraie guerre entre d'un côté le soin de ce qui nourrit contre de l'autre côté le fanatisme économique destructeur de la diversité bio culturelle. Et si "décroître" était pour le nord une stratégie digne et bonne de la solidarité avec le vivant?

RETOUR