La violoniste bleue

Román Eduardo Gómez


Je sors de l'aéroport Charles de Gaule en poussant le chariot avec mes bagages, et je vois quelques bus que disent RER. C'est la navette entre l'avion et le train suburbain qui m'amène au centre de Paris.

Le RER est un transport hibride entre le métro et le train. Il est plus ample et confortable que le métro, mais moins rapide que le train. Dans le wagon dans lequel je monte, par hasard, une violoniste commence à jouer, la tête complètement rasée et habillée toute en bleu, comme le bleu de la période bleue de Picasso. Elle joue, presque magistralement, un air de Vivaldi, chose inattendue à l'intérieur d'un train. Mais, contrairement à d'autres musiciens qui jouent dans les trains, cette jeune fille joue assise. Chaque fois qu'elle finit de jouer un morceau, elle ne passe pas le porte-monnaie en demandant une collaboration. Non, elle reste assise sans rien dire, et quelques personnes avant de descendre lui laissent quelques pièces de monnaies sur sa robe.

En attendant qu'elle joue encore, je vois passer par la fenêtre des sortes de morceaux de maisons collées les unes aux autres au fil des petits villages. La violoniste est allée se placer à l'entrée d'une porte et je ne la vois plus que par derrière. Je ne vois que ses épaules, son dos et sa tête rasée. D'un autre côté, je vois aussi sa main quand elle pousse l'arc, qui sort de l'autre côté de son corps, et ce va et vient tire des vibrations aux cordes de son violon. Elles sont si fortes et si nettes, comme rivalisant avec le ronronnement du train contre les rails. Il semblerait que le train suit le rythme de la musique. Quand la musique baisse de puissance et de vitesse, le train fait de même et baisse aussi sa puissance et sa vitesse, et avant de s'arrêter complètement, la violoniste bleue a déjà appuyé son instrument sur son genou.

A chaque arrêt, une sonnette indique la fermeture des portes du wagon, et ce son semble la baguette du directeur d'orchestre. La jeune musicienne porte l'instrument à l'épaule gauche et le fixe avec son menton, en même temps qu'avec l'autre bras elle engage une courbe, jusqu'à ce que l'arc touche une corde et commence, en soutenant la même note pendant quelques secondes. Cette note entre dans l'esprit de tous les voyageurs qui sont attentifs en attendant la deuxième pour essayer de deviner la mélodie. C'est une pause que les passagers font en faisant semblant de ne pas l'écouter. Ils pensent qu'un sourire appréciant la musique, ils s'engageraient à donner une monnaie; celle qu'ils préfèrent perdre, peut-être, en jouant au loto ou en la laissant comme pourboire dans un vieux café.

Au moment de descendre, certains osent la regarder du coin de l'œil, et d'autres, non. Même si presque tous sont contents grâce à la jeune fille en bleu, qui les a divertit lors de la monotonie du voyage ; mais donner de l'argent, pas question: "Est-ce que je lui ai demandé de jouer? Alors, ce n'est pas mon obligation. Si elle joue dans le métro c'est certainement pour une autre question, qui plus est, elle n'a pas son permis pour jouer dans les couloirs du métro". Les voyageurs la grondent presque avec les excuses qu'ils se donnent à eux-mêmes pour ne pas lui donner quelques pièces de monnaies. Mais, pendant ce temps, les voyageurs savouraient sa musique, ils se sentaient contents d'être dans ce wagon, qui les transporte tous les jours à leur travail monotone qu'ils détestent, avec quelques compagnons plus monotones encore que la sonnerie du train au moment de la fermeture des portes : une sonnerie de prison, une sonnerie qui n'est pas de la musique. C'est mon tour, je descends du wagon en faisant semblant d'être occupé avec mes valises, et je ne lui donne rien non plus.

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