L'entrevue à Neruda

Inés Martínez


J'ai vu Pablo Neruda la première fois en 1927, quand il est rentré au Service Diplomatique. Il s'était déjà occupé de divers métiers, mais, il était indiscutablement sur son talent poétique et sa vocation politique.

Je crois qu'à cette époque, j'avais environ 24 ans. J'étais envoyé comme correspondant au Chili, et pour cette occasion bien que l'interview ait été très brève, je suis restée impressionnée par sa versatilité et me suis promise de le revoir.

Ensuite, j'ai su qu'il était au Consul en Birmanie. Le Siam, la Chine, le Japon et l'Inde, passant à la fin par Barcelone et Madrid, où déjà en faisant l'année 1934, soi 10 ans après la dernière rencontre, et ayant été rapatrié. Sa passion pour la politique et pour la poésie avait touché son oeuvre d'un timbre d'identification. 

En 1945, il est allé au Chili, sa terre natale, sénateur du Parti communiste en révolutionnant l'art politique. En 1971, il a reçu le Prix Nobel de Littérature, et je reviens en 1973, après tant d'années sans l'avoir vu, à converser avec lui, pouvant dire que c'est un honneur de m'accorder une nouvelle entrevue.

Je suis en face de la maison singulière du poète, sonne à sa porte, et ai devant moi ce grand homme un peu courbé. Quand nos regards et nos pas se sont rapprochés nous nous mettons à parler du temps écoulé, depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, mais je sais qu'il est malade et je ne veux pas abuser de son temps. Comme en remarquant mes pensées, il m'invite à rester après une chaude embrassade. Je dois le questionner au sujet de toutes ces années qui se sont passées. Nous touchons quelques sujets d'actualité, ses voyages anciens, sa vie de foyer, ses années en Europe et la politique, toujours la politique. Mais il y a une question que ses admiratrices m'ont recommandées de lui poser, c'est: qui a été la muse inspiratrice du poème N° 20? 

Il a dit: " Regards… a pu avoir été un amour destiné à l'oubli, parce que plus jamais j'ai recommencé à le voir. Quelqu'un nous a présenté en étant militants politiques. Je l'ai vue et ai su qu'elle ne l'oublierait jamais. Elle a inspiré mes poèmes "

J'insiste: -Il y a beaucoup de femmes qui voudraient savoir son nom- Quand j'ai cru convenable de ne plus insister étant donné que le silence semblait disposé à s'installer pour un temps indéfini, Neruda a prononcé le nom attendu avec un mélange de tendresse. 
- " Inés. Elle s'appelait Inés ".

Ce n'est pas moi qui le tira de ses pensées, c'est au moment où souriant et se levant il a appelé son épouse, et après l'avoir présentée, il a disposé sur la table trois coupes. Il m'a invité à porter un toast à cette rencontre et, en s'approchant, il m'a dit à l'oreille 
- " et pour Inés ! ".

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