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En fermant les yeux |
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María Ignacia Schulz |
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La Salsa me plaît. Ces rythmes si variés qui s'appellent La Salsa et que je danse lentement ou en me lâchant dans un déhanchement qui ne s'apaise qu'à la fin de la chanson. Quand j'écoute " sofrito " mon corps danse sur place, bouge, descend, monte. Je dois l'écouter en boucle pour que ma peau ne sente pas de frustration.
Et je me baisse délicatement sur un pied, je ne peux pas violenter le rythme. Je ferme les yeux, c'est la seule façon de danser. Sans un homme, sans un bâton de commandement qui me dise où aller, par où et comment.
A trente ans, maintenant, je pense qu'il ne me reste que mes dernières heures de danse, d'une jouissance éternelle. Tant la crainte de la vieillesse. Tant la crainte de la mort.
Le " Faisán ", je l'ai dansé avec lui. Ce n'est pas un homme qui en vaut la peine, mais il sait danser; on peut passer toute une nuit ne dansant qu'avec lui. Sans prendre de bière parce que l'alcool lui monte à la tête et lui descend là où cela n'est pas nécessaire.
J'aimerais avoir la voix de Celina. Comme ce serait bien si mes paroles avaient ne serais-ce qu'un peu de cette force. On a dit parfois que je lisais très bien les poèmes. Mais je n'écris plus. Seule cette tentative qui peut être une sorte de soulagement. Et le soulagement me transporte à Carthagène, à ses rues puantes d'urine, à la Place Bolivar et ses banquettes pour jouer aux échecs ou à un café en parlant avec Kike jusqu'à deux heures du matin, et ensuite, aller chez Dora par manger les dernières fritures qui nous feront mal à l'estomac, puis les jambes qui se dépêchent pour rentrer à l'hôtel. Justement ici, avec ce maudit froid qui n'a l'air de gêner personne, pendant que je souffre en enfilant une blouse par-dessus l'autre comme des poupées russes. |