Le mot démocratie et le beau discours politique qui l'accompagne sont aujourd'hui très largement revendiqués - par les gouvernements en place ou par leurs opposants. A l'est comme à l'ouest de l'Europe tous les gouvernements se disent démocratiques. Le même panorama se présente dans la plupart des pays du sud.
Etant donné le sens qu'a pris aujourd'hui le mot politiquement correct de démocratie, on ne peut leur donner tort. En effet, la notion de démocratie est souvent réduite à deux aspects. Tout d'abord, on tend à la caractériser par la tenue d'élections et scrutins " libres ", dans lesquels l'ensemble des citoyens choisit parmi des candidats et programmes reflétant une pluralité d'options politiques. Dans ces conditions, on ne peut pas contester l'existence de la démocratie en Russie, en Ukraine, en Iran, en Egypte, ou dans l'ensemble des pays d'Amérique latine, car dans chacun de ces pays les urnes ont désigné avec légitimité leurs gouvernements et leurs projets politiques.
Ensuite, on réduit la finalité de la démocratie à la résolution de problèmes socio-économiques, ce qui représente une menace plus cachée mais néanmoins bien réelle pour la démocratie. En effet, on la vide ainsi de sa substance (oubliant ses sources politico-philosophiques) et on en fait un mode de gouvernement condamné à devenir une sorte d'ingénierie politique où les hommes politiques ont pour but prioritaire de résoudre les problèmes matériels d'ordre socio-économique, dans un fonctionnement technocratique. On oublie souvent que la démocratie est aussi - et peut-être avant tout- un projet de société qui met l'accent sur l'égalité de ses membres dans l'élaboration et l'application de la loi. C'est pour cela qu'on ne peut pas la dissocier de l'état de droit.
La démocratie comme projet de société exige, alors, de toutes celles et ceux qui la veulent un engagement qui va au-delà du droit de vote et du devoir moral de vote, pour rentrer sur le terrain de l'éthique, à partir de l'idée de solidarité. Ceci demande de la part des citoyens de devenir à titre individuel gardiens de cet esprit de partage. Une telle idée réclame la transparence administrative, un réel respect des droits de l'homme et la responsabilité des gouvernements et des législateurs face au peuple qui lui a accordé sa confiance.
Tant la théorie du libéralisme politique que celle du socialisme économique ont bien compris et intégré cette prémisse, mais les évènements économiques néolibéral/financier/mondialisé ont brisé cet équilibre. A l'existence d'un système capitaliste qui met le capital au cœur de ses intérêts et éloigne la question de l'humain des débats prioritaires, on ajoute la sacralisation de l'Etat que l'on considère comme seul responsable de l'échec ou de la réussite de la société démocratique, le citoyen arguant qu'il a rempli son devoir dans les urnes.
Dans ce contexte les anticapitalistes ont raison quand ils dénoncent l'agressivité du système néolibéral/financier/mondial, et sa logique de dominant/dominé, même si parfois ils tombent dans une description presque caricaturale d'un rapport de forces entre riches et pauvres et dans la diabolisation naïve du libéralisme. Cependant, on ne doit pas oublier que chacun de nous, pauvres ou riches, fils et filles d'une société dite démocratique, participons de la réussite ou de l'échec de la démocratie. Nous devons assumer la responsabilité de nos choix politiques et avoir le courage d'élever la voix et de se mobiliser quand les gouvernants trahissent la valeur de solidarité et de partage inhérente à la démocratie. On se doit de garder un esprit critique éveillé !
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