La fin de l'optimisme moderne

Hugo Busso


Décroître (et ce n'est pas l'éloge de la récession !) est aux antipodes de la foi nihiliste de la croissance développementaliste (libérale et marxiste) et peut être comprise comme une possibilité éthique qui nous affranchit de l'irrationalité productiviste. C'est une épine conceptuelle dans le pied du bonheur, où le 20% de la population consomme le 80% des ressources. C'est à la fois une pierre dérangeante dans la chaussure déprédatrice, qui questionne l'actuel système du monde capitaliste dans le sens politique, épistémique et du credo d'accumulation indéfinie de capital. Il est évident que la surconsommation des uns entraîne la sous-consommation des autres. La situation est inconfortable pour le nord prospère, car il sait, qu'il est impossible de mener à bien les attentes du protocole de Kyoto, sans un changement radical du mode de vie et d'un nouveau contrat bio-social. Mais, parallèlement, c'est fatal, si les désirs des habitants du sud, à accéder au niveau de consommation du nord, se réalisent. Surtout si le nord ne diminue pas, sélectivement et raisonnablement, afin de niveler et d'harmoniser la distribution humanitaire de ce qui est nécessaire pour vivre et pour éviter les conflits sociaux, les guerres entre les humains et avec les autres espèces vivantes.

" Dieu ne peut être abusé " disait, vers la fin des années soixante, Gregory Bateson, dans " Les pas vers une écologie du mental " (1991), d'après une perspective scientifique cybernétique, qui soutenait sa pensée bio-logique. Ce qu'il voulait dire, influencé par la science occidentale et la sagesse taoïste, c'est que le fragile et dynamique équilibre de la vie, demande à chacun de faire un effort, pour obtenir le résultat holistique des conditions élémentaires de reproduction intense dans l'irréversibilité temporelle.

Notre civilisation est en réalité thermo industrielle, puisqu'elle repose sur la transformation de la substance (pétrole, gaz, charbon, uranium) en chaleur, en ajoutant le travail, nous avons la production du confort de nos sociétés. Mais tout échange énergétique, selon la deuxième loi de la thermodynamique, affirme que, dans toute transformation de la chaleur en travail, il y a une perte d'énergie dans l'irradiation et dans le resplendissement de celle-ci. Un système clos, telle que notre société thermo industrielle, utilise de l'énergie déjà transformée, sous forme de matière, pour produire, et pour que ces produits fonctionnent aussi, avec cette matière (l'avion, les électroménagers, etc.), il y a inévitablement une conséquence : la dégradation, comme résultat de l'entropie. La fin est plus imminente, d'après les rapports des rencontres entre scientifiques, de ce que les citoyens et les régimes politiques sont capables d'accepter. Les systèmes biologiques, en revanche, sont ouverts parce qu'ils reçoivent la lumière du Soleil, l'eau et le vent, ils renouvellent sans cesse leur source parce que tout émane du Soleil (qui mourra à un moment donné très lointain par rapport à notre échelle temporelle).

La décroissance, comme concept et idée normative alors, nous permet de la comprendre éthiquement comme une façon différente d'échange ni consommatrice ni accaparatrice, à tous les niveaux et dimensions. Puisque avoir des idées égoïstes et erronées d'accumulation infinie, est en dernier ressort, détruire le territoire … et cela, c'est se détruire soi-même ! C'est-à-dire, un nouvel accord qui exige un nécessaire et nouveau contrat social entre les citoyens du monde, comme John Lennon et les gouvernements des États et blocs régionaux, aimaient dire.

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