|
L'identité nationale |
||
|
Roberto Páez González |
||
|
|
La France n'est pas l'Angleterre ; L'Argentine n'est pas la Chine. Qui en douterait ? Mais l'utilisation de ces certitudes ne garantissent pas la compréhension de savoir en quoi consiste l'identité d'un pays - par exemple l'Espagne, les Etats-Unis, ou le Japon - ni les identités nationales qui n'ont pas été reconnues pleinement - kurdes, polisarios, palestiniens - ni les états qui perdurent, que cela nous plaise ou pas - comme les ayatollahs - ou bien ceux qui sont déchus, tels l'empire austro-hongrois, le soviétique, le nazi, parmi d'autres.
En matière d'identités nationales, la complexité est de mise. Mais, on est face à l'affirmation et la reconnaissance ou, à défaut, à la récusation. Dans tous les cas, l'identité dépend des relations de force ou de leurs transformations. En France, ce sujet se pose car il s'agit d'une politique d'État, dont la responsabilité revient à l'un des ministères établi par le nouveau président, Sarkozy. Après les élections, beaucoup d'anciens politiciens opposés jusqu'alors à Sarkozy, ont commencé à le " comprendre ". Par exemple, Kouchner, Jack Lang ou bien même Le Pen. Pour tout un chacun, penser à la nation, suppose la création d'un contenu imaginaire grâce à une conscience d'appartenance, voire à des consciences d'appartenance immédiate à d'autres collectifs que l'individu peut connaître de près, tels sa famille, sa génération, etc. Il n'y a pas immédiatement un individu qui décide d'être nation, il est nécessaire de créer cet individu ou admettre qu'il existe au préalable. Partager un peu plus ou un peu moins cet intangible cause des cas de conscience relativement prédominants à un moment donné. Nécessairement, nous faisons de la nation un miroir et nous nous y voyons reflétés, en lui. Ou bien nous voyons la nation dans le miroir, qui nous regarde. Sans chercher à approfondir cela, nous constatons que cerner l'identité est une opération intellectuelle et simultanément ou par la suite, cette opération intellectuelle est aussi sentimentale, de filiation politique, de cosmovision ou d'atavisme. Et dans le pire des cas, cela consiste à accepter une identité proposée par les leaders qui disposent de la capacité à convoquer et à orienter l'action commune. On peut parler d'une continuité nationale, de la continuité de la république ou de la continuité de l'État. Ce n'est pas toujours la même chose. Mais si nous prenons la continuité nationale, nous savons que cette continuité a été maintenue par ceux qui ont détenu le pouvoir de la nation. Si la continuité de la nation est un attribut de son identité, elle n'est pas à prendre comme panacée ou comme un desiderata qui nous fasse préférer la guerre, peut-être nécessaire pour défendre la patrie, à la paix que nous souhaitons pour vivre un futur meilleur, par exemple.
Aujourd'hui, en France, la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité Nationale - à part que cela puisse être discutable pour d'autres raisons - c'est le fruit d'années de controverses et de fatalité autour du problème de l'immigration. C'est le résultat momentané des corrélations des forces qui dominent la France. Il est bien connu que, dans les pays qui ont souffert de la colonisation lors d'une période récente, la référence à ce qui est national, est un facteur clé de structuration sociale et politique, car on ne peut renoncer à l'appartenance nationale et tendre vers la justice sociale, une meilleure et plus ample démocratie. En France, il n'y a pas eu une immigration proportionnellement si massive comme celle que l'on a enregistré en Argentine vers 1900. De celle-là, personne ne pourrait dire, qu'elle n'a pas eu d'influence dans le devenir de l'identité nationale des argentins, d'abord, par l'incorporation de la descendance puis par le drame des conflits entre péronistes et anti-péronistes. Nous ne voulons pas dire que c'est un régime d'exception, mais un gouvernement particulier, car une bonne partie de la droite politique est soumise au programme du leader sans pouvoir intervenir comme avant. La tradition n'est plus de mise. Sarkozy peut compter sur plus de représentants de l'État favorables à la politique du chef d'État que lorsque Chirac exerçait cette fonction. Par exemple, ses amis du CAC 40 appuient les décisions et la gestion du gouvernement qui s'affiche dans une constante exhibition médiatique triomphaliste. La lecture des faits a aidé Sarkozy à gagner les élections perdues par le parti socialiste. Cette lecture comprend une conception de l'identité nationale et une évaluation du poids de ce sujet dans la conjoncture politique. Que ce soit une conception correcte ou pas, c'est une autre question. En effet, ce qui est pire pour la gauche c'est que leur conception au sujet des questions d'identité nationale, paraissent calquées sur une autre époque et elles n'ont pas évolué de manière à conserver un sens explicatif en accord avec le ici et maintenant et la gauche a payé le prix de ne rien avoir à offrir de nouveau ou d'intéressant pour les électeurs moins définis, à la recherche d'une pédagogie appliquée. Un échec du placebo progressiste. Il est intéressant de noter, qu'au début du XIXe S., en Amérique latine, beaucoup de dirigeants avaient une vision englobante et étaient plus américains qu'uruguayens, péruviens, vénézuéliens, etc. Le pays de naissance de Bolivar faisait partie de la grande Colombie.
Il était plus facile, pour Buenos Aires, Lima, Rio de Janeiro, etc. d'être en contact avec Londres, qu'entre elles. Et les difficultés causées par l'extension, additionnées au sous développement et aux embûches des diplomaties hégémoniques, ont difficulté l'interaction américaine qui s'est réalisée à travers la langue et la religion, et non pas, par la politique et le commerce. Cependant, en Amérique, l'on conserve en état latent, l'union, à cause de toutes les frustrations endurées par les politiques nationales du sous-continent. Et bien que cela paraisse paradoxal, il n'y eut pas de révolutions nationales mais bien une révolution américaine dont les braises ravivées par diverses luttes, à différents moments, ont fini par créer un substrat non dirigé par les oligarchies dépendantes, ni par les projets démocratiques mimétiques, et se transformèrent en de profondes demandes sociales, canalisées, quand cela fut possible, par des leaders personnalistes. Il n'est pas question de préférences mais de faits, de pratiques de conditionnements, de dure réalité. Il est clair, qu'à la fin du XIXe S., il n'y avait pas de développement industriel et le prolétariat de l'époque, où il y en a eu, n'avait pas d'articulation avec la politique nationale préexistante. Le péronisme articula son mouvement entre la fin de la guerre mondiale et la fin de la guerre de Corée. Dans ce même laps de temps, le contexte international changea complètement et son modèle atteignit ses propres limites, et ensuite retomba, jusqu'à sa révocation. Le castrisme exploita la conjoncture de la guerre froide, s'appuyant dans le camp socialiste, mais c'est celui-ci qui s'est écroulé. Chávez triompha électoralement et gouverne le Vénézuéla dans une étape favorable pour son pays du point de vue des prix du pétrole, mais sa propre fragilité, en plus de la fragilité de ses associés, n'en fait pas un géant. La faiblesse de tous les projets nationaux du contexte latino-américain, nous porte à penser qu'ils ne sont viables que dans le cadre de la solidarité du sous-continent. Voici le problème qui nous engage à nous poser la question de l'identité nationale et à constater la nécessité de l'union et la complémentarité susceptibles de canaliser les synergies et de stabiliser des politiques de justice sociale, car, comme on peut le voir, quant à l'identité nationale, son développement requiert aussi d'une solidarité inter générationnelle. Tourner nos regards vers l'identité nationale en Amérique latine, ce n'est pas un questionnement par rapport à la gloire nationale, ou s'interroger sur les moyens qui conduisent les identités nationales à se reconnaître dans une intégration solidaire. Bien sûr, il existe de graves problèmes de mentalités rétrogrades à cause des longs gouvernements réactionnaires en matière des droits humains, en matière de lutte contre le racisme anti-indien, anti-noir, antisémite etc. en matière de préservation écologique, et d'autres sujets … nous voulons avec cela pointer que de vieux et de nouveaux problèmes posent la question de la nécessité de réformer le concept de patrie. |