Levons le rideau !

Alicia Cruceira


Nous pouvons définir le théâtre d'Amérique Latine par sa variété et par ses situations sociales si différentes.

En 1900, avec l'arrivée du réalisme et des avant-gardes européennes, le théâtre latino-américain a commencé à s'occuper de sa propre identité et à rechercher ses propres techniques d'expression, bien que les espagnols García Lorca et Rafael Alberti, ont exercé une influence décisive.

L'apparition des théories de Bertolt Brecht ont trouvé un bon terrain de culture dans tout ce continent accablé par les problèmes politiques. Les différents exposants du genre se sont chargés de faire du théâtre un instrument de questionnement de la réalité sociale sans laisser de côté son aspect spectaculaire et esthétique.

Les groupes indépendants éloignés de l'appui protecteur de l'état, chacun avec ses particularités, provoquent un impact à partir de leur empreinte créatrice. En Argentine surgit le " Teatro del Pueblo " (Théâtre du Peuple), " La Máscara " (Le Masque), " Nuevo Teatro " (Nouveau Théâtre) et " Fray Mocho " entre autres. La Colombie, et ses deux groupes emblématiques, le " TEC ", dirigé par Enrique Buenaventura, qui systématise la création collective et " La Candelaria " (La Chandeleur) avec Santiago García qui mène ses acteurs à se transformer en dramaturges et à écrire des textes sur la réalité du pays. L'Uruguay avec " El Galpón " (Le Hangar). Le Chili avec le " Grupo Ictus " et au début des années 70, la croissante activité de création collective a creusé la création dramatique jusqu'à ce que le Coup d'État censure toute référence à la réalité socio-politique chilienne. Alors, plusieurs groupes qui se sont chargés du renouveau du théâtre, ont surgi. Parmi les plus importants se trouvent le " Teatro Imágen " (Théâtre Image) et le " Taller de Investigación Teatral " (Atelier de Recherche Théâtrale).

De ces mouvements, ont surgi des théoriciens et des dramaturges importants, tel le colombien Enrique Buenaventura et son travail au TEC (Théâtre Expérimental de Cali) ou Augusto Boal, au Brésil, qui a développé des techniques de théâtre des rues et, pour des ouvriers, dans son livre " Théâtre de l'Opprimé " (1975). Des groupes tels que " Rajatabla " et " La Candelaria " se sont occupé de faire du théâtre un instrument de discussion de la réalité sociale sans laisser de côté leur aspect spectaculaire et esthétique.

Il faudrait se poser la question, après avoir observé ce mouvement historique du théâtre en Amérique Latine, quel est alors l'essence du théâtre indépendant ? Pour quelle raison appelle-t-on ainsi ce type de théâtre ? Le théâtre financé par les organismes gouvernementaux est-il indépendant ? Quelle est la différence entre celui qui est indépendant et celui qui ne l'est pas ?

Il est important de faire la différence entre l'indépendance et l'austérité puisque beaucoup de productions sont indépendantes parce qu'elles n'ont pas bénéficié de subsides officiels mais elles mettent en œuvre une production de premier ordre payée par des capitaux d'investisseurs particuliers.

Dans certains sites d'Amérique Latine il y a des compagnies de théâtre qui sont payées par le gouvernement et qui travaillent pour le bénéfice de la communauté qui les soutient. Si à ce théâtre on le dénomine officiel, les indépendants seraient ceux qui travaillent sans l'appui économique de l'état et sont gérés par leurs propres moyens ? Une salle ou un groupe, compagnie ou coopérative de théâtre qui reçoit l'apport économique de l'état pour payer ses frais, peut-il s'appeler indépendant ? 

Depuis des temps immémoriaux, il y a eu une déclaration de guerre entre deux façons d'envisager le fait théâtral.

L'institué, appuyé par l'état et par la bourgeoisie fortunée, où tout l'effort était mis afin de recréer dans les moindres détails les mises en scène et les costumes somptueux ; et celui d'avant-garde qui naît des fissures sociales et, comme il est marginal, il cherche de nouvelles formes d'expression.

Si, au XIXe siècle prédominaient les grandes troupes de théâtre officielles bureaucratisées, actuellement, nous pouvons voir des productions qui, tels des fidèles reflets les unes des autres, donnent des représentations dans toutes les principales capitales du monde et dans lesquelles sont établis les moindres détails. Des produits lucratifs exportables et dirigés aux grandes masses de consommateurs.

Près de cent ans après le début du Théâtre indépendant, heureusement, de nouveaux groupes de tous niveaux sociaux confondus continuent à apparaître et à soutenir l'utopie d'un théâtre sans formules préconçues, avec de nouveaux auteurs et une esthétique propre à chaque culture.

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